déc
27
2017

Peu de filles s’orientent vers les filières scientifiques

Tel est le constat qui se dégage de la présentation d’une étude intitulée « Problématique de l’Intérêt et de l’Attraction des Filles dans les Filières Scientifique de l’Enseignement Supérieur au Burundi » parrainée par le ministère de l’Education, de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique en partenariat avec la Maison de l’Unesco pour la Culture de la Paix au Burundi.

Les conclusions de cette étude qui couvrent la période allant de 2009 à 2017 montrent que les filles préfèrent les sciences de la vie et de la santé. Par contre, elles sont très peu nombreuses à s’orienter vers les filières des sciences fondamentales. Comme le montre le graphique ci-après, pour la période allant de 2014 à 2017 dans 7 universités de Bujumbura, on a seulement 17,3% d’étudiantes contre 82,7% d’étudiants

Pourquoi cette réticence des filles à se faire inscrire dans les filières scientifiques ?

D’abord l’accès des filles à l’enseignement reste limité en général à cause des stéréotypes culturels. Beaucoup de Burundais ont encore en tête les idées archaïques selon lesquelles la fille n’a pas besoin de faire des études. On entend encore ici et là des propos sidérants comme quoi le diplôme de la fille c’est son mari. D’autres pensent que les filles sont moins fortes dans les sciences que les garçons. Mais au-delà de ces stéréotypes absurdes, les filles sont parfois victimes du système éducatif.

En effet, avec le nouveau système, les lauréats de l’école secondaire sont obligés d’attendre une année avant d’intégrer l’université du Burundi. Certaines filles n’attendent pas et préfèrent se faire inscrire dans les universités privées où il y a moins de filières scientifiques, annonce Dr Claire Nineza, chimiste de formation. Bien plus, à force de leur répéter qu’elles ne sont pas faites pour les sciences, les filles finissent par le croire et perdent confiance en elles-mêmes. Elles considèrent les sciences comme leur bête noire, renchérit l’éminent professeur. Elles sont donc freinées dès le bas âge par des problèmes sociaux.

Par ailleurs, les enseignants peuvent décourager les filles de fréquenter les filières scientifiques involontairement. Dr Nineza se rappelle de ce professeur du département de Géologie où elle était inscrite au départ. Elle était svelte et pendant les excursions, le professeur se demandait toujours quelle géologue elle ferait, car ses bras chétifs ne pouvaient pas soulever un marteau. Elle en a eu marre et a viré vers le département de chimie. C’est un exemple éloquent de cette pression qui ne dit pas son nom que les filles subissent dans les filières scientifiques. Pour peu, une autre fille aurait pu abandonner les sciences pour embrasser d’autres matières ‘’destinées’’ aux filles. En outre, certains parents préfèrent envoyer les garçons à l’école plutôt que les filles. Cela a un impact dans la mesure où celles qui fréquentent les universités doivent avoir terminé l’école secondaire et l’école primaire. Si elles sont moins nombreuses aux niveaux inférieurs, on ne peut pas les retrouver au sommet, encore moins dans les filières scientifiques, précise Dr Nineza.

Des voies de solution

Pour toutes ces raisons, l’équipe qui a effectué l’étude plaide pour une meilleure orientation des filles dans les sciences, la technologie, l’engineering et les mathématiques (STEM). L’objectif final de cette étude est de faciliter l’élaboration d’une stratégie nationale et d’un plan d’action destiné à créer un environnement favorable pour l’attraction des filles dans les matières scientifiques au sein des établissements scolaires et des institutions d’enseignement supérieur au Burundi, a fait savoir Mme Joséphine Ntahobari, chargée de Bureau à la Maison de l’Unesco pour la Culture de la Paix au Burundi. Mais au-delà de cet objectif, le but ultime de cette étude est d’accroître le nombre et la compétence des filles et des femmes Burundaises dans la sphère scientifique, a tenu à préciser Mme Ntahobari. La sous-représentation des filles dans les STEM devient une question centrale dans la mesure où ces filières occupent une place centrale dans la mise en œuvre du programme de développement durable à l’horizon 2030. Dans cette optique, l’Unesco a mis sur pied le « Programme pour les femmes et les sciences » à travers trois initiatives, à savoir : le Prix UNESCO-L’Oréal attribué chaque année à cinq chercheuses exceptionnelles, c’est-à-dire un pour chaque continent, quinze bourses nationales UNESCO-L‘Oréal accordées à des jeunes chercheuses de talent doctorantes ou post doctorantes et les bourses nationales L’Oréal à travers les commissions nationales de l’UNESCO attribuées aux filles et aux femmes scientifiques pour poursuivre leurs recherches.

Le représentant du ministère de l’Education, de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique a rappelé aussi que le genre a été pris en compte dans le plan sectoriel de développement de l’éducation et de la formation (PSDEF 2012-2020). Ce qui constitue une petite lueur d’espoir pour l’intégration significative des filles dans les STEM.

burundi-eco.com

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