jui
15
2015

Lorsque la pierre sert de gazon pour jouer au foot

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Pacifique Cubahiro

Bwiza, un quartier populaire de Bujumbura est bien connu pour ses stars de football. Ce quartier de débrouillards en petit métiers, terroir du melting pot burundais connaît tant de nationalités : burundais, congolais, maliens, sénégalais partagent quelques kilomètres carrés près du centre-ville de Bujumbura. Dans les différentes rues pavées qui le traversent, la surpopulation marquée par plusieurs enfants en bas âge est un détail qui ne passe pas inaperçu.
La marque de la paupérisation est réelle sur ces enfants : ils prennent plaisir aux différents jeux avec les moyens de fortune. Pour les garçons, le foot reste de loin le jeu favori. Ils jouent surtout pendant les après- midi. Le pavé est le terrain commun car le quartier n’a plus de terrain pour ce genre de jeu gourmand en espace. Le ballon, une forme ovale cousue en pièces minuscules de tissus usés. Sur la 5ème avenue, des garçons sont appliqués au jeu comme dans un vrai match de foot. Certains réclament le ballon, d’autres invectivent leurs coéquipiers pour leur faible ténacité. Lorsqu’un but est marqué, la liesse se dessine sur les visages de l’équipe, auteur du but. Pour les habitants de Bwiza, c’est devenu une affaire normale. Haragakiza Nestor, 20 ans, travaille dans un restaurant assiste au match : « Pour le moment, ces sont des enfants qui se retrouvent dans deux équipes. Mais de temps en temps, nous assistons aux matchs bien équilibrés entre les avenues du quartier. Ces enfants sont à encourager car le foot c’est leur passion. » Conclut-il.
La plupart de ces enfants ont entre 11 ans et 13 ans. C’est notamment Aboubacar qui dit que le pavé ne leur pose pas de problème : « Certains portent des chaussures en plastique d’autres jouent pieds nus. Lors des matchs entre avenues, nous formons des équipes et nous cotisons de l’argent pour récompenser les gagnants du tournoi. Cela se passe souvent pendant les vacance. »
Jean Jacques a 13 ans et joue pendant 7 ans dans le quartier. Il dit que jouer sur ce terrain dangereux c’est aussi suivre les règles de jeu atypiques : « Pour une faute qui mérite un carton jaune, l’équipe paye 200 à 300 frbu, le rouge c’est 500 frbu. »
Dans les tournois, ils ont des « arbitres » et des « coachs ». A chaque match, on leur fait rappeler le risque pris en jouant sur des roches. Il faut éviter la brutalité, jouer simplement comme un « gentleman ».
Ces enfants regrettent que personne ne prête attention à leur initiative. Beaucoup ont été ceux qui ont confectionné des listes en leur promettant des soutiens. Jusqu’aujourd’hui, ces enfants n’ont rien vu venir même si le siège de la Fédération de Football du Burundi (FFB), est à moins de 2 km de leur quartier.
Des stars dans leur petit quartier de Bwiza, ces enfants rêvent grand grâce aux écrans téléviseurs. Certains veulent être des Christiano Ronaldo, des Messi dans le futur. Mais pour y arriver, ils devront encore s’entraîner mais aussi trouver un soutien pour jouer comme les autres sur le gazon. Sinon, le sacrifice de leurs pieds sur le pavé du quartier n’aura pas trouvé aucune récompense.

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