S'exprimant lors d'un entretien accordé à France 24 diffusé ce 29 juin, un an après la signature de cet accord conclu sous la médiation des États-Unis, le chef de la diplomatie rwandaise a insisté sur le fait que l'accord prévoyait notamment un calendrier de 90 jours pour la neutralisation des FDLR par les autorités congolaises.
« Le principal volet de cet accord portait sur le concept d'opérations visant à neutraliser les génocidaires FDLR – par Kinshasa -, ainsi que sur la levée des mesures de défense », a rappelé le ministre, affirmant toutefois qu'aucun progrès n'a été enregistré sur ce volet.
« Au lieu de s'engager sur cette voie, l'année qui vient de s'écouler a vu le gouvernement congolais renforcer les FDLR… Rien n'a été fait », a fustigé Olivier Nduhungirehe, pointant également le fait que Kinshasa ait renforcé ce groupe génocidaire, tant sur le plan militaire que politique, avec des personnes comme Jean-Luc Habyarimana, fils de l'ancien président, qui vit en France, et d'autres personnalités.
Revenant sur l’importance des accords de Washington, le ministre Nduhungirehe a aussi dénoncé le manque de volonté manifesté par le gouvernement congolais.
« Cette médiation a pour objectif de parvenir à une paix durable dans l'est de la RDC après plus de trente ans de conflit. Il faut donc s'attaquer à ses causes profondes. Il n'y a pas de problème avec l'accord lui-même. Le problème réside dans le manque de volonté politique de Kinshasa pour le mettre en œuvre. »
Le ministre a également reproché aux autorités congolaises d'avoir intensifié les attaques de drones après la signature de l'accord : « Non seulement contre les positions du M23, ce qui constitue une violation du cessez-le-feu, mais aussi contre les civils banyamulenge au Sud-Kivu, ce qui est beaucoup plus préoccupant. »
Le chef de la diplomatie rwandaise a en outre évoqué l'intervention du secrétaire d'État américain, Marco Rubio, devant des membres du Congrès américain.
« Le 5 juin, devant le Congrès américain, il a déclaré que le Rwanda était en train de mettre en œuvre ses obligations. Mais il n'a rien dit sur l'autre partie, la RDC. Il n'y a pas le moindre commencement de mise en œuvre de ses obligations », a-t-il déclaré.
Lors de cette même audition, Marco Rubio avait indiqué espérer que le Rwanda lèverait ses mesures de défense d'ici à la mi-juillet 2026. Le ministre Nduhungirehe a précisé que cette échéance résultait d'une proposition formulée par le Rwanda lui-même.
« C'est le Rwanda qui a fait des propositions concrètes pour accélérer la mise en œuvre du concept des opérations, avec même un chronogramme. C'est le CONOPS. C'est un accord entre deux parties sur des questions sécuritaires qui intéressent les deux parties. Donc, le Rwanda doit lever ses mesures de défense et la RDC neutraliser les FDLR. Mais jusqu'à présent, rien, absolument rien, n'a été fait pour neutraliser les FDLR. »
Le ministre a également critiqué les sanctions américaines visant des responsables militaires rwandais ainsi qu'une raffinerie d'or du pays, estimant qu'elles traduisent une « partialité de plus en plus criante » de la médiation menée par Washington, alors que la RDC ne met pas en œuvre ses engagements.
« En tout cas, il y a des problèmes de partialité… Ça se voit sur le terrain. Si Marco Rubio dit que la RDC ne met pas en œuvre ses recommandations, alors pourquoi y a-t-il des sanctions contre seulement l'une des parties ? C'est le problème de partialité. Il y a d'autres raisons, en tout cas, qui ne sont pas des raisons de paix », a-t-il indiqué.
Olivier Nduhungirehe a réaffirmé que, selon Kigali, l'accord de paix de Washington demeure « le meilleur accord » pour instaurer une paix durable dans l'est de la RDC, estimant que son application dépend désormais de la volonté des deux parties, en particulier de la mise en œuvre des engagements sécuritaires par Kinshasa.
