fév
27
2026

Du cessez-le-feu trahi à l’option militaire assumée

La déclaration rendue publique par Bertrand Bisimwa sur son compte X ne saurait être tenue pour une simple communication circonstancielle.

 

Elle s’inscrit dans une séquence politique et militaire d’une extrême gravité, dont les répercussions excèdent le théâtre immédiat des opérations.

En affirmant que le régime de Kinshasa aurait, une fois de plus, foulé aux pieds le cessez-le-feu en déclenchant une offensive généralisée sur l’ensemble des lignes de front et au-delà, le coordonnateur adjoint de l’AFC/M23 formule une triple accusation : la violation d’un engagement solennel, la planification d’une action concertée d’envergure et l’adhésion assumée à l’option militaire comme instrument privilégié de règlement du différend.

La première dimension, celle de la rupture du cessez-le-feu, renvoie à la crédibilité même de la parole publique. Dans les conflits contemporains, la trêve n’est pas seulement une suspension tactique des hostilités ; elle constitue un acte de reconnaissance mutuelle, un seuil fragile où l’adversaire est reconnu comme interlocuteur.

La violer revient à délégitimer le cadre de négociation, à dissoudre la confiance déjà précaire, à substituer à la dialectique diplomatique la logique implacable du rapport de force.

La seconde dimension, celle d’une offensive « coordonnée et étendue » suggère une préméditation et une architecture stratégique qui dépassent la simple riposte locale. Une telle qualification exclut l’hypothèse d’incidents isolés ou de dérapages incontrôlés.

Elle laisse entendre un choix structuré, mûri, et assumé au plus haut niveau de commandement. Le lexique employé n’est pas neutre : il installe l’idée d’un basculement délibéré vers l’escalade.

Enfin, la troisième dimension, le « choix assumé de l’option militaire » constitue le cœur de la dénonciation. Elle implique que la voie politique, patiemment esquissée par les médiations régionales et internationales, serait désormais reléguée au rang de façade diplomatique.

Si tel est le cas, la guerre ne serait plus l’échec du politique, mais sa traduction volontaire. Ce glissement est lourd de conséquences : il installe la conflictualité dans la durée et réduit l’espace des compromis.

L’ombre portée de l’échec diplomatique : Doha relégué, Luanda désavoué, l’horizon assombri

Si l’on suit la logique de cette analyse, l’hypothèse d’un règlement par la négociation s’amenuise dangereusement. Les initiatives engagées à Doha apparaîtraient dès lors comme appartenant déjà à l’histoire, vestiges d’une tentative de désescalade que les faits récents auraient rendue caduque.

La demande de cessez-le-feu formulée par le président angolais João Lourenço se trouverait, dans cette perspective, fragilisée, sinon désavouée par son homologue congolais Félix Tshisekedi.

L’enjeu dépasse les personnes : il concerne la solidité même des mécanismes africains de médiation. Lorsqu’un appel à la trêve, émanant d’un chef d’État engagé dans un processus de facilitation, semble contredit par la poursuite d’opérations offensives, c’est l’architecture diplomatique régionale qui vacille.

La défiance s’installe ; les protagonistes s’arc-boutent ; les alliés extérieurs recalibrent leurs positions. Le conflit, déjà complexe, risque alors de s’internationaliser davantage, chaque camp cherchant appuis et garanties au-delà des frontières.

Il y a lieu, en effet, de redouter une spirale d’escalade. Toute offensive généralisée appelle une contre-offensive ; toute démonstration de force suscite une riposte symétrique ou asymétrique. La guerre moderne, saturée de technologies et d’alliances mouvantes, ne connaît guère de demi-mesure : elle tend à l’embrasement par capillarité.

Les lignes de front se déplacent, mais les fractures sociales et communautaires, elles, s’enracinent.

Ainsi se dessine un horizon assombri. Les jours à venir paraissent lourds de périls : militarisation accrue, durcissement des discours, marginalisation des voix modérées. Si la voie militaire devient, comme certains indices le laissent craindre, l’unique issue envisagée par les protagonistes, alors le conflit s’inscrira dans une temporalité longue, coûteuse en vies humaines et en stabilité régionale.

Il appartient encore aux acteurs politiques de démentir ce funeste pronostic. Car lorsqu’une nation s’enferme dans la certitude que la force résoudra ce que la parole n’a pu apaiser, elle court le risque de découvrir, trop tard, que la victoire militaire ne guérit jamais les fractures profondes dont la guerre n’est que le symptôme.

https://fr.igihe.com/Du-cessez-le-feu-trahi-a-l-option-militaire-assumee...

Langues: 
Thématiques: 

Partager