aoû
06
2015

Internet dans nos mains : entre rumeur et information

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Pacifique Cubahiro

Depuis les manifestations contre le 3ème mandat de Pierre Nkurunziza, des téléphones ayant l’option internet sont désormais dans le viseur des acheteurs. La fermeture de certaines radios privées au Burundi a causé un dommage considérable chez les consommateurs de l’information. Des personnes privées s’improvisent et publient des faits, apportent leurs propres commentaires. Ces écrits sont distribués en longueur de la journée avec une célérité souvent à la mesure de l’exagération et de la virulence. Certains ont même créé des pages facebook avec des noms des radios fermées comme la RPA (radio publique africaine).
Dans l’espoir de trouver l’information, que dalle. Que des rumeurs. Certaines en contradictions, d’autres paraissent simplement un mensonge inventé de toutes pièces. Déo, un homme d’une trentaine d’années, suit ce qui se passe sur les réseaux sociaux comme tout le monde. Mais il reste moins satisfait : « La plupart des gens dramatisent les faits. Je crois en 20% de ce que je lis et 80% je considère ça comme des mensonges ou des rumeurs ».
Comme la plupart des gens, Inès, une jeune étudiante, vante les mérites de ces réseaux sociaux : « J’ai dû acheter un Smartphone pour suivre l’actualité. Avec internet tu trouves tout en temps réel. Il ne peut être autrement en l’absence des radios. »

De quel type d’infos parle-t-on ?

Audace Machado, Journaliste-formateur et consultant en stratégies de communication se pose la question. Lui qui a travaillé longtemps dans le monde des médias, sait faire une différence lorsqu’il s’agit de l’information du point de vue du journalisme : « Ce qu’offre cette partie des nouvelles technologies de la communication n’est qu’une infime partie de l’information. Disons plutôt que ce sont des bases d’information à vérifier, à enrichir, si elles s’avèrent vrai. Malgré des illustrations par photos, ce sont des rumeurs, des manipulations voire des mensonges, malheureusement très difficiles à démentir. La source n’est pas responsable légalement.» Fait- il remarquer.
Les faits ne sont pas les seules à faire une info. Pour audace Machado, dans ces faits, il manque sensiblement la main du journaliste dont le travail se résume en deux principaux axes. D’abord, il trouve l’information, la traite dans le sens de la clarification, la recoupe avec la nécessité de plus en plus forte de la vérifier. Ensuite, il traque les faits qui tranchent avec l’ordinaire, le répétitif, le banal, cherche « l’info » derrière l’information, celle qui explique les choses, les relativise ou qui dérange. Et à son tour de tirer la conclusion : « Le journalisme se veut responsable. Le journalisme est une science. Bref, il faut aussi condamner l’aspect court, imprécis et déséquilibre retrouvés dans des informations dispatchées par les petits appareils portables. »

Le boom de l’internet face à une communication officielle défaillante.

Internet est un espace « virtuel » dans lequel la liberté d’expression trouve un nouveau domaine d’expansion, un espace qui rend les frontières nationales pratiquement inopérantes. Cela remet en cause le pouvoir de l’Etat et les systèmes juridiques dans un territoire donné. Audace Machado, consultant en stratégies de communication, rappelle que ces nouvelles technologies envahissent la société burundaise, malheureusement à une époque difficile. Le pays est dans une situation où plusieurs médias surtout les radios devraient équilibrer voire officialiser les diverses informations, dans une société dont l’oralité est le pivot de la communication.

Pour y faire face, au lieu d’observer des fanatismes dans la création, les démentis ou dans la justification de ces informations, il faut que la communication de l’Etat et autres institutions tant publiques que privées puisse être efficace et servir de contre-pied à ces informations non crédibles. Le gouvernement doit comprendre qu’il est le premier perdant dans cette situation. Sans faire la politique de l’autruche, il est plutôt dans l’obligation de permettre le retour à la pluralité médiatique. Il doit comprendre que le brouillage de différents réseaux de communication n’est plus possible dans ce monde.

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