fév
26
2025

Pourquoi le Conseil de sécurité de l’ONU a-t-il omis de condamner la menace pesant sur les Tutsis congolais ?

La récente adoption unanime de la résolution 2772 (2025) par le Conseil de sécurité des Nations unies (CSNU) sur la crise en République Démocratique du Congo soulève plus de questions que de réponses. La résolution a ignoré de se concentrer sur les causes profondes du conflit, en particulier la menace existentielle posée par le gouvernement de Kinshasa contre les Tutsi congolais.

Le CSNU appelle le M23 à « cesser immédiatement les hostilités et à se retirer des zones qu’il contrôle », sans expliquer où le M23 doit aller. Ce sont des Congolais, dont beaucoup ont des parents vivant en tant que réfugiés dans les pays voisins et au-delà.

Cependant, lorsque le représentant de la RDC lors de la session du CSNU a qualifié la présence du M23 dans les zones qu’il contrôle d’« occupation illégale du territoire de la RDC par les [Forces de Défense du Rwanda] et leurs soutiens », il est clair que les autorités de la RDC ne reconnaissent pas le M23 comme Congolais, mais comme une invasion par le Rwanda.

La résolution unilatérale du Conseil, qui appelle au retrait du M23, soutient donc l’affirmation de Kinshasa selon laquelle le M23 serait des terroristes étrangers ayant envahi leur pays.

Il s’agit d’une grave erreur du CSNU qui complique plutôt que résoudre, la crise dans l’Est de la RDC.

Lorsque le CSNU minimise la menace des discours de haine, des tueries et de la cannibalisation des Tutsis congolais et ignore de condamner le gouvernement de Kinshasa qui soutient publiquement leur extermination, cela indique que le CSNU, par omission ou par conception, est complice de l’agenda d’extermination des Tutsis congolais en RDC.

En avril 2024, lorsque la conseillère spéciale de l’ONU pour la prévention du génocide, Alice Wairimu Nderitu, était au Rwanda pour le 30e anniversaire du génocide contre les Tutsi, elle a averti qu’il y avait des « facteurs de risque de génocide, de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité » dans l’Est de la RDC.

Malheureusement, le monde n’a pas tiré de leçon du passé. Le CSNU n’a pas jugé nécessaire d’écouter l’avertissement de Nderitu, et il n’y a eu aucune session ou résolution du Conseil de sécurité pour traiter cette menace, ce qui soulève des doutes sur le fonctionnement du système de l’ONU.

Au lieu de cela, le CSNU et leur Groupe d’experts de l’ONU passent plus de temps à établir le récit selon lequel la guerre dans l’Est de la RDC concerne les ressources minérales. Le « Plus jamais ça » promis en 1945 est devenu un slogan sans signification. La cupidité, la conspiration, les mensonges et le double standard ont gouverné le monde aux dépens de la vérité et de l’humanité.

Contrairement à la condamnation du CSNU du M23 en tant qu’agresseurs, la population des zones contrôlées par les rebelles les a accueillis avec réjouissances en tant que libérateurs, et non « agresseurs terroristes ». La population bénéficie de la sécurité offerte par le M23, les protégeant des tueries des FARDC et de sa coalition.

Si le M23 se retire des zones contrôlées, ce serait une catastrophe, car les FARDC et sa coalition reviendraient et effaceraient les derniers Tutsi congolais que le M23 s’efforce de protéger. Les casques bleus de l’ONU (MONUSCO) sont présents dans le pays depuis plus de 30 ans et n’ont pas été en mesure de protéger les Tutsi congolais des massacres.

Le CSNU a contribué positivement en exhortant Kinshasa et Kigali à revenir à des négociations diplomatiques, à travers les processus de Luanda et de Nairobi, qui avaient déjà été convenus lors de la rencontre des dirigeants de la Communauté d’Afrique de l’Est (CAE) et de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) à Dar-es-Salaam le 8 février 2025.

Pour que le CSNU adopte une résolution sur la crise de l’Est de la RDC à un moment où les dirigeants africains, mieux informés de la situation, étaient d’accord sur la manière de traiter la situation, cela a ressemblé à un coup d’Etat contre l’initiative dirigée par l’Afrique pour trouver une solution à la crise de l’Est de la RDC.

Bien que le M23 ait accepté de tenir des pourparlers, Tshisekedi a répété à qui veut l’entendre que tant qu’il serait au pouvoir, il ne négocierait jamais avec le M23. Qui obligera Tshisekedi à une table de négociation, quand le CSNU ne le met pas en garde, mais rejette la faute sur le Rwanda et le M23 ?

Le récit selon lequel la crise de l’Est de la RDC concerne les minéraux est trompeur. Tom Burgis, dans son livre « The Looting Machine », documente clairement les véritables pilleurs des minéraux de la RDC. Ce sont les pays occidentaux qui ont perturbé le Congo, ce qui les amène à traiter Tshisekedi comme un enfant gâté qui peut faire ce qu’il veut et s’en sortir sans encombres.

En janvier dernier, des manifestants soutenus par des responsables gouvernementaux ont attaqué plusieurs ambassades étrangères à Kinshasa, dont celles de la France, de la Belgique, du Rwanda, du Kenya et de l’Ouganda. Ces actes ont enfreint le droit international, qui stipule que les ambassades sont « inviolables », et Tshisekedi n’a pas été tenu responsable, ni son ambassadeur convoqué à l’étranger.

L’incorporation des FDLR génocidaires dans l’armée nationale de la RDC et l’utilisation de mercenaires européens, deux violations du droit international, n’ont jamais été condamnées par le CSNU. La RDC a bombardé le territoire rwandais, tuant des civils innocents, sans que le CSNU ne condamne cette agression.

L’Occident ne veut pas tenir le leadership de la RDC responsable car il sait d’où vient son intérêt. Dans les années 1940-1950, les États-Unis extrayaient de l’uranium à la mine de Shinkolobwe dans la province du Katanga. L’uranium utilisé pour fabriquer les bombes atomiques (« Little Boy ») que les États-Unis ont larguées sur Hiroshima et Nagasaki pendant la Seconde Guerre mondiale venait du sud de la RDC, à la mine de Shinkolobwe.

Aujourd’hui, les entreprises minières en RDC proviennent de capitales occidentales. La RDC est le plus grand producteur mondial de cobalt, principalement utilisé dans la stabilité et la performance de batteries lithium-ion, essentielles pour alimenter à la fois les véhicules électriques (EV) et les téléphones mobiles. Ce ne sont pas des entreprises rwandaises, mais des entreprises occidentales. C’est pourquoi, quand on parle du Congo, les pays occidentaux n’entendent parler que des minéraux, et non des Tutsi congolais laissés à mourir.

Malgré le fait que la RDC soit dotée de gisements de minéraux estimés à plus de 24 milliards de dollars américains, le pays reste parmi les plus pauvres du monde, avec presque trois personnes sur quatre vivant avec moins de 1,90 $ par jour ! L’Occident s’intéresse aux ressources minérales, pas au bien-être des Congolais.

La résolution de l’ONU ne résout pas la cause de la rébellion du M23, mais traite des symptômes. Elle est unilatérale et dissimule l’agenda génocidaire de Kinshasa contre les Tutsi congolais. Il n’a pas été fait mention des centaines de milliers de Congolais parlant Kinyarwanda qui vivent dans des camps de réfugiés au Rwanda, en Ouganda, au Kenya et dans d’autres pays depuis plus de 30 ans.

La conclusion valable est que le Congo appartient toujours à l’Occident, tandis que Tshisekedi en est le simple gardien intouchable. La position du CSNU sur la crise de l’Est de la RDC devrait être un avertissement et un rappel que l’ONU représente une nouvelle et moderne conférence de Berlin, préoccupée uniquement par la protection de ses propres intérêts.
https://fr.igihe.com/Pourquoi-le-Conseil-de-securite-de-l-ONU-a-t-il-omi...

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