Une cacophonie communicationnelle
Ces derniers jours, des autorités burundaises font face à de sérieuses difficultés dans leur communication officielle. Sur des dossiers hautement sensibles, notamment la guerre à l’Est de la République démocratique du Congo et les relations diplomatiques avec le Qatar, des propos contradictoires émanant des hautes institutions de l’État ont semé le trouble, tant à l’intérieur du pays que sur la scène internationale.
L’un des épisodes de cette cacophonie institutionnelle concerne la présence militaire burundaise à l’Est de la RDC. Alors que les autorités diplomatiques et militaires affirment que les troupes burundaises se sont retirées afin de respecter l’Accord de Washington signé entre Kigali et Kinshasa, le secrétaire général du parti au pouvoir soutient publiquement le contraire.
Le 17 décembre 2025, devant le Parlement européen à Bruxelles, l’ambassadeur du Burundi auprès de l’Union européenne, Thérence Ntahiraja, s’est en effet exprimé sur la situation sécuritaire à l’Est de la RDC, aux côtés de son homologue congolais Christian Ndongala Nkuku. Sous les applaudissements des eurodéputés, le diplomate burundais a déclaré sans ambiguïté que « au lendemain de la signature de l’accord de paix de la RDC, l’armée burundaise a retiré ses troupes qui se trouvaient à l’Est de la RDC dans le but de respecter cet accord ».
Selon lui, ce retrait a eu des conséquences directes sur l’évolution du conflit. Il a ajouté que « c’est la raison pour laquelle l’armée rwandaise et le M23 ont progressé aisément jusqu’à Uvira, proche du Burundi, en violation flagrante de cet accord ». L’ambassadeurNtahiraja a également tenu à rappeler que « l’armée burundaise était invitée dans le cadre d’un accord bilatéral pour traquer les forces négatives. »
Mais, cette version a été frontalement contredite quelques jours plus tard. Le 2 janvier 2026, lors d’une conférence de presse tenue à Bujumbura dans une salle pleine à craquer, largement dominée par les couleurs rouge, vert et blanc du parti au pouvoir, le secrétaire général du CNDD-FDD, Révérien Ndikuriyo, a livré une réponse radicalement différente. « Nous avons un accord qui nous permet d’intervenir au Congo. Nous sommes comme des Congolais… les militaires burundais sont toujours là », a-t-il affirmé devant les militants et les médias.
Cette divergence de discours, venant de deux figures institutionnelles de premier plan, a rapidement enflammé les réseaux sociaux, où l’opinion publique s’est interrogée sur la véracité des informations et sur la véritable position officielle de l’État burundais. Qui dit la vérité ? L’ambassadeur accrédité auprès de l’Union européenne ou le secrétaire général du parti au pouvoir ?
Ce n’est pas tout
À cette première contradiction est venue s’ajouter une autre, tout aussi révélatrice, sur la communication intentionnelle. Le 3 janvier 2026, le chef de la diplomatie burundaise, Édouard Bizimana, a publié sur son compte personnel un message particulièrement virulent visant directement le Qatar, médiateur clé dans la crise de l’Est de la RDC. Dans ce tweet largement relayé, il écrivait « le Rwanda a testé le @POTUS (Donald J. Trump) et il n’y a pas eu de réaction ; il continue maintenant de capturer plus de territoires dans l’Est de la RDC en violation de l’accord de Washington. Il est important de souligner le rôle négatif du Qatar, qui utilise son influence et son argent pour dissuader les États-Unis d’agir ».
Ce message, vu par plusieurs milliers d’internautes, a suscité un tollé diplomatique. Accuser publiquement le Qatar de jouer un « rôle négatif » dans un processus de médiation soutenu par les États-Unis a immédiatement exposé le Burundi à un risque de tension avec un partenaire stratégique de premier plan.
Face à l’ampleur de la polémique, la présidence burundaise a réagi en urgence pour tenter de limiter les dégâts. Dans l’après-midi du 4 janvier, le président Évariste Ndayishimiye a publié une mise au point sans équivoque sur son compte officiel. « Le Burundi a toujours apprécié ses bonnes relations bilatérales de longue date avec le Qatar, ainsi que le rôle crucial de ce dernier dans les efforts de médiation en RDC », a-t-il déclaré, avant de souligner l’importance de « clarifier tout malentendu et toute déclaration erronée concernant la contribution du Qatar au développement et à la consolidation de la paix ».
Si le tweet du ministre des Affaires étrangères a disparu peu après ce recadrage présidentiel, les captures d’écran circulaient déjà massivement sur les réseaux sociaux. Le message présidentiel a néanmoins été salué à Doha. Le ministre d’État qatari aux Affaires étrangères, Dr Mohammed Al-Khalifi, a publiquement remercié le chef de l’État burundais, affirmant que « guidé par son approche fondée sur des principes, l’État du Qatar demeure fermement engagé en faveur de la consolidation de la paix, de la médiation et du règlement pacifique des conflits ».
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