jui
28
2018

Une diaspora burundaise bicéphale

Une semaine dédiée à la diaspora burundaise s’est tenue, du 24 au 27 juillet 2018, à Bujumbura. Une occasion pour s’interroger sur son apport dans le développement du pays.

«Je suis convaincu que la contribution de la diaspora burundaise au développement dépasse celle de l’Union Européenne » se réjouit en marge de l’ouverture de la semaine de la diaspora au Burundi, Japhet Legentil Ndayishimiye, qui se présente comme président de la Diaspora Burundaise.

D’après lui, les membres de la diaspora investissent dans des projets et soutiennent leurs familles restées au pays. Ils apportent aussi les devises lorsqu’ils viennent pour les vacances.

M. Ndayishimiye salue la paix « retrouvée » sur toute l’étendue du territoire : « Nous avons sillonné l’intérieur du pays, le calme règne. Nous sommes même descendus sur Bujumbura pendant la nuit.» Le « représentant de la Diaspora burundaise » va même décorer le président de la République pour avoir « ramené la paix dans le pays. »

Interrogé sur les divisions de la diaspora, M. Ndayishimiye relativise : « Ce n’est pas la première fois qu’il y’a des gens qui ont des positions différentes. On peut être de la mouvance ou de l’opposition, cela fait partie de la culture démocratique.» Pour lui, les Burundais de l’étranger sont libres d’appartenir ou pas dans cette organisation de la diaspora qui est « au service de tout le monde sans distinction aucune. »

« Un apport insignifiant »

Les explications de M. Le Gentil ne sont pas convaincantes pour tout le monde. « Ce n’est pas une semaine de la diaspora burundaise, plutôt celle dédiée aux sections du parti au pouvoir de l’étranger » s’insurge le professeur Libérat Ntibashirakandi, président- représentant légal de Burundi Solidarity International (BSI), une autre association de la diaspora. BSI, selon le professeur Ntibashirakandi, BSI est un réseau de Burundais ou structure d’influence et d’appui aux différentes forces vives démocratiques de la nation burundaise en vue de « l’avènement d’un Burundi caractérisé par la bonne gouvernance, politiquement pacifié, socialement unifié et économiquement prospère ».

Pour BSI, Japhet Legentil Ndayishimiye est président de la section Norvège du parti au pouvoir. M. Ntibashirakandi étaye son affirmation par un communiqué du parti Cndd-Fdd de 2011. Il estime que c’est tout à fait son droit. Par contre, il refuse que M. Japhet Legentil Ndayishimiye «se soit autoproclamé président de la diaspora burundaise et parle au nom de son ensemble. C’est une malhonnêteté  ».

Il trouve insensé d’organiser une semaine de la diaspora alors que tous les membres ne peuvent pas se sentir en sécurité au Burundi. Par ailleurs, il soutient que ce n’est pas au pouvoir d’organiser la diaspora, mais c’est à elle de s’organiser.

Il réfute aussi le tableau élogieux dépeint par M. Japhet Ndayishimiye sur l’apport de la diaspora au développement du Burundi. Son compatriote de Belgique affirme qu’elle est insignifiante par rapport aux besoins énormes. « Contrairement au Burundi, les autres pays qui ont une politique qui motive la population à investir dans leur pays ont une croissance au-delà de 7% ».

Le docteur en mathématiques de l’Université Libre de Bruxelles explique qu’il ne faut pas confondre l’apport de l’ensemble de la diaspora africaine au cas du Burundi. En 2016, la Banque mondiale indiquait que l’apport de l’ensemble de la diaspora africaine est trois fois supérieur à l’aide au développement.

A cette époque, la diaspora burundaise a envoyé plus de 50 millions de dollars contre des centaines de millions d’aides fournis par l’Union Européenne. Selon toujours les chiffres de la Banque mondiale, en 2016 un Burundais a envoyé en moyenne 140 dollars, un Rwandais 370, un Tanzanien 1448, l’Ougandais 1437 et le Kenyan 1593.  « Tant que la gouvernance socio-économique, politique et démocratique ne sera pas améliorée, la diaspora ne fera pas des miracles », conclut M. Ntibashirakandi.

iwacu-burundi.org

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