Jan
21
2026

Uvira ou la trahison du réel

Uvira avait connu, pour un instant fugace, ce que tant de cités martyrisées de l’Est congolais n’osent plus espérer : une accalmie tangible, un retour relatif à l’ordre, une respiration collective après des années de prédation armée.

 

La prise de la ville par l’AFC/M23 avait instauré, qu’on le veuille ou non, une discipline sécuritaire visible, une organisation rationnelle de l’espace public et, surtout, une suspension des violences anarchiques qui tenaient la population en otage.

Mais cette parenthèse fut brutalement refermée. Sous la pression insistante des grandes puissances, plus soucieuses de l’orthodoxie diplomatique que de la réalité du terrain, le retrait de l’AFC/M23 fut exigé. Ce retrait, exécuté avec méthode et sens de la responsabilité, ne se fit pas sans avertissement : un vide sécuritaire béant allait s’ouvrir, dans une région infestée de groupes armés criminels, jamais neutralisés, jamais désarmés, jamais dissous.

L’histoire, implacable, a confirmé ces mises en garde. À peine les troupes de l’AFC/M23 avaient-elles quitté Uvira que les FARDC, les milices wazalendo et les FDLR s’y sont engouffrés avec la voracité de charognards attirés par une dépouille sans défense. Ce qui suivit ne relève ni de l’accident ni de l’imprévu, mais d’une mécanique désormais bien huilée : destructions systématiques, saccages méthodiques, profanation des églises, anéantissement des écoles, pillage du port, mise à sac du palais de justice, symbole suprême d’un État déjà déliquescent et massacres à grande échelle contre des populations civiles sans protection.

Rien de tout cela n’était imprévisible. Tout le monde savait. Tout le monde avait été averti. Et pourtant, le silence complice a prévalu.

Me Moïse Nyarugabo : la constance morale face à l’épuration dissimulée

C’est dans ce contexte de dévastation programmée que les rescapés banyamulenge, traqués, dépouillés, chassés de leurs terres, ont trouvé refuge à Kamanyola. Là, ils ont reçu la visite des plus hautes autorités de l’AFC/M23, accompagnées de Me Moïse Nyarugabo, figure de droiture et de constance, dont la voix, depuis des années, n’a cessé d’alerter contre la trajectoire mortifère empruntée par l’État congolais dans sa gestion de la diversité et de la sécurité.

Dans une émotion contenue, dépourvue de toute emphase théâtrale, Me Nyarugabo a livré une vérité d’une simplicité désarmante, mais d’une portée accablante :

« Lorsque quelqu’un détruit votre maison, il vous signifie qu’il ne vous aime pas, qu’il vous exige de quitter, de vous éloigner, de partir et de ne plus jamais revenir. »

Cette phrase, loin d’être une simple lamentation, constitue un acte d’accusation politique et juridique d’une clarté implacable. Détruire les habitations, incendier les lieux de culte, anéantir les écoles, raser les infrastructures vitales : ce n’est pas seulement semer la terreur, c’est inscrire dans l’espace un message d’exclusion définitive.

C’est matérialiser, pierre après pierre, cendre après cendre, une volonté d’effacement d’un groupe humain de son territoire.

Ce qui se joue aujourd’hui à Uvira et dans ses environs n’est donc pas une succession de bavures ou de débordements incontrôlés. C’est un processus. Un processus cohérent, répétitif, ciblé. Un processus que le droit international nomme sans ambiguïté : épuration ethnique.

Face à cette réalité, Me Moïse Nyarugabo se distingue par une rare constance morale. Il alerte quand d’autres se taisent. Il nomme quand d’autres euphémisent. Il persiste quand d’autres se résignent. Son courage ne réside pas dans la posture, mais dans la fidélité obstinée à la vérité des faits, même lorsque celle-ci dérange les récits officiels et les conforts diplomatiques.

L’histoire jugera sévèrement ceux qui savaient et n’ont rien fait. Elle retiendra aussi ceux qui, à contre-courant, ont refusé de se rendre complices par le silence. Dans cette époque de falsification et de renoncements, la parole de Me Moïse Nyarugabo demeure une balise éthique, fragile, certes, mais indispensable dans la nuit persistante de l’Est congolais.

https://fr.igihe.com/Uvira-ou-la-trahison-du-reel.html

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