sep
07
2019

La Maison Shalom souffle ses 25 bougies

“25 ans d’existence, 25 ans d’amour” résume le trajet de la Maison Shalom depuis 1993, madame Marguerite Barankitse, sa fondatrice.  

 

Pendant ces années, la Maison Shalom a accueilli et élevé plus de 50.000 enfants, essentiellement des orphelins de la guerre civile qu’a connu le Burundi depuis 1993.

 

“Plusieurs d’entre eux sont devenus des chefs de familles, des docteurs, chefs d’entreprises, officiers de l’armée ou de la police et haut cadre de plusieurs institutions du pays. Raison pour laquelle j’ose affirmer que mon message d’amour a impacté le monde”, souligne Barankitse.

 

Fondée en 1993 en milieu d’une crise fratricide au Burundi, elle a d’abord accueilli 25 enfants dont leur parents venaient d’être emportés par cette tragédie. 

 

“Après,  je ne sais même pas comment le centre a grandi jusqu’à accueillir même des rwandais victimes du génocide de 1994 et des congolais” relate Marguerite Barankitse ajoutant que Ruyigi, l’une des province de l’Est du Burundi est par la suite baptisée “centre d’accueil d’orphelins”.

 

Dans les festivités marquant le 25ème anniversaire de la Maison Shalom, les 5, 6 et 7 septembre 2019, des émotions mélangées à la joie, ont sillonné dans les yeux de plusieurs personnalités et invités de marque.

 

Comme pour bien entrer au jeux, témoignage de Richard. “Je m’y imagine en 25 dernières années et je ne parvient pas à retrouver ce petit garçon qui venait de perdre ses parents et parentés. Un petit gamin qui n’avait plus de sourire” dit-il.

 

“Je me croyais le seul qui a plus souffert mais quand je suis arrivé, d’ailleurs accueilli par une dame que je ne connaissais pas (Barankitse), j’ai découvert dans son centre des enfants amputés de leur bras, jambes, saignant, agonisant…et finalement je me suis dit que mes souffrances sont les moindres” se souvient Richard Nijimbere,  qui deviendra le directeur pays du centre “Maison Shalom”, 25 ans après.

 

“Voilà en fait le résultat vivant de ses réalisations. Et je suis père de famille, bien habillé comme vous le voyez, en cravate…L’inimaginable ou l’impossible en fait pour moi en 1993 est devenu possible” a conclu M.Richard Nijimbere.

 

Les “Richard” sont plus nombreux. Ils appellent Barankitse “Oma” comme pour l'appeler chaleureusement “grand mère” cette soixantaine d’année.

 

Marguerite Barankitse parle d’une fierté pour elle, “une mère qui a élevé ceux qui grandissent, qui se prennent en charge et qui deviennent ses successeurs en portant le flambeau de la joie et d’amour”.

 

Le temps des éloges...

 

Dans une video envoyée, Son Altesse Royale Maria Tereza, la Grande-Duchesse de Luxembourg, a salué les réalisations de la Maison Shalom tout en félicitant madame Maggy Barankitse et ses équipes pour le travail accompli durant toutes ces années.

 

 

Ruben Vardanyan, co-fondateur de l’Initiative Humanitaire Aurora, lui a fait le déplacement.

 

“C’est un grand honneur de participer aux célébrations de commémorations du 25e anniversaire de la Maison Shalom, tout comme ce fut un honneur que de remettre à sa fondatrice, Marguerite Barankitse, le premier Prix Aurora en 2016. Grâce à des personnes comme elle, la communauté humanitaire exceptionnelle d’Aurora continue de grandir et d’aider les personnes dans le besoin en diffusant le message de Gratitude in Action” a-il indiqué.

 

En 2016, Marguerite Barankitse a été nommée première lauréate du Prix Aurora pour ses efforts extraordinaires visant à sauver des milliers de vies et pour avoir soigné des orphelins et des réfugiés pendant les années de guerre civile au Burundi.

 

La Maison Shalon en exil...

 

Depuis la crise politique qui secoue le Burundi, la Maison Shalom opère au Rwanda. Sa fondatrice a d’ailleurs été mise sur la liste des 34 “présumés putschistes” recherchés par la justice burundaise.

 

“Cela ne me décourage pas du tout. J’ai fui et je suis partie avec tout.  L’esprit de l’amour qui anime le moteur est toujours là, même en exil” précise Barankitse, dans un ton plutôt rassurant.

 

Au Rwanda, plus de 2000 réfugiés ont bénéficié d’appuis de la Maison Shalom. Parmi eux plus de 400 jeunes qui viennent de terminer leurs études universitaires et plusieurs autres qui ont suivi des enseignements de métier comme la couture, l’art culinaire, l’informatique, l’anglais, la plomberie, la menuiserie, la fabrication artisanale de chaussures, et bien d’autres.

 

Ces derniers s’en réjouissent.

 

Leçon morale à la jeunesse...

 

“J’ai vécu presque toutes les crises qui ont secoué notre pays depuis l’indépendance, et la leçon que j’ai tiré c’est que celle de 2015 nous a laissé des souvenirs que ce n’est pas une ethnie qui tue ou qui exile des gens mais c’est plutôt un gouvernement mal géré donc un mauvais leadership. Pour le moment, les réfugiés sont de toutes les ethnies, ce qui n’était pas le cas en 1972 ou en 1993” analyse-t-elle.

 

Comme perspective d’avenir, la Maison Shalom compte implanter ses actions dans d’autres pays qui ont accueilli les réfugiés burundais comme l’Ouganda et la Tanzanie. Elle compte aussi devenir un Centre de formation pour la paix, la réconciliation et la prévention des Conflits dans la région des grands lacs, construire des écoles et un centre de santé  “pour soigner les réfugiés”.

 

Mais dans tout cela, la présidente de la Maison Shalom demande le concours de tout un chacun, surtout les intellectuels réfugiés au Rwanda et en Europe. “Si chacun donne même deux dollars américains par moi, l’on pourra construire une université, pourquoi pas un hôpital comme les rwandais l’on fait chez nous avant 1994” a-t-elle rappelé.

 

Maggy s’insurge contre le rapatriement forcé annoncé pour les réfugiés burundais en Tanzanie

 

“C’est une décision folle. Si la Tanzanie passe à l’action, elle aura perdu la réputation et le respect que le monde lui doit comme terre de résolution pacifique des conflits en Afrique. Elle aura en fait  démontré que c’est un pouvoir fasciste. C’est comme d’autres gouvernements qui ont soutenu les Nazis d’Hitler. L’histoire les jugeront en tout cas au même titre d’égalité” a lâché Marguerite Barankitse, d’une voix furieuse.

 

Elle appelle à la solidarité internationale contre cette décision de la Tanzanie.

 

“J’interpelle tous les burundais, où qu’ils soient, de se lever comme un seul homme pour dénoncer ces malheurs que subissent nos compatriotes. Nous devons mener toutes les actions possibles pour pousser la Tanzanie à revenir sur cette décision criminelle. Et si la communauté internationale se laisse faire, elle aura montré qu’elle soutient les crimes contre l’humanité qui guettent ces burundais” a-t-il indiqué avant d’ajouter qu’elle compte rencontrer le cardinal de Dar-es-salaam pour parler de cette question.

 

La Maison Shalom fête son 25è anniversaire  alors que  les autorités burundaises ont pris tous ses biens matériels et financiers qui se trouvent Au Burundi.  Madame Barankitse demande aux défenseurs de droit de porter plainte  au nom de la population bénéficiaire de ses prestations.

 

“Moi je pense plutôt que ces biens financiers, des écoles, des hôpitaux etc appartenaient  plutôt aux burundais, rwandais, congolais, tanzaniens…qui se faisaient soigner chez nous. Ce sont eux ou bien des défenseurs des droits humains qui devraient se plaindre” précise-t-il.

 

Les couts sont estimés à des centaines de milliards de francs burundais.

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